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QU’AVONS-NOUS FAIT DE L’EUROPE

Présentation de l’ouvrage de Sébastien Maillard aux Editions Salvator

Préface de Jacques Delors en octobre 2013-11-09

Nous sommes toujours au bord du gouffre.

Au cours des dix dernières années, nous vivions dans un climat néolibéral, débordant d’optimisme, et nous pensions que tout était possible avec l’argent roi ; les pays s’endettaient au-delà du raisonnable et certaines banques faisaient des folies ; cette situation devait évidemment avoir une fin ; ce fut la crise financière mondiale.

Nous avons laisser faire ; la mise en œuvre de l’euro s’est faite en négligeant la dimension de la coopération.

Désormais, les belles paroles ne suffisent pas ; les peuples souffrent trop et commencent à s’inquiéter ; ils veulent voir des gestes concrets de la part de l’Europe.

J’ai peur qu’ils se disent que l’Union Européenne, c’est le père Fouettard, qui est là pour nous sanctionner, nous donner des amendes, nous contraindre, mais où est l’espoir ?

Nos problèmes en Europe ne doivent pas nous faire perdre de vue qu’en même temps, à l’échelle de la planète, nous vivons une grande mutation, l’une des plus importantes de l’histoire du monde, que Robert Schuman n’a pas connue mais dont il avait quelques intuitions.

Face à tout cela nous, Européens, pouvons nous replier sur nos peurs, ce qui entrainera notre déclin ; ou n ous pouvons réagir de façon réfléchie, en analysant nos faiblesses et en nous ouvrant à cet autre monde ; c’est ce qui nous permettra de penser à une rénovation de l’Europe :

La construction européenne est une aventure fantastique du XXème siècle et du début du XXI ème siècle ; pourtant elle n’aura de sens que si, après avoir su agir dans le monde des années 1950, qu’était celui de Robert Schuman, nous savons nous adapter au monde d’aujourd’hui.

Non seulement il nous faut être capable d’affronter avec une grande détermination la concurrence des autres, mais nous devons aussi être ouvert à ces mêmes autres et ne pas prétendre que seule l’Europe détient des valeur universelles ; Vaclav Havel l’a dit mieux que moi : l’Europe ne doit pas se penser comme puissance mais comme référence.

Une vision du monde, c’est ce qui fait le plus défaut à nos dirigeants, si nous continuons ainsi nous ne pourrons pas éviter le déclin et ce déclin ne sera pas agréable pour les générations futures.

Face à ceux qui affirment que la solution doit être trouvé dans chaqu pays, franchement je ne crois pas que cela soit possible pour les pays européens ; « le morcellement de l’Europe est devenu un absurde anachronisme » résumait déjà Robert Schuman.

La solution peut être européenne d’autant qu’il est parfaitement possible de préserver l’essentiel du modèle social européen en dépit des nouvelles conditions de concurrence mondiale.

La grande Europe à vingt huit a bien un sens ; notre Europe est une réalité ouverte sur l’extérieur, sur ses voisins, sur l’Afrique, comme le voulait Robert Schuman, qui aide les pays en développement, qui aide tous ceux qui souffrent des guerres et des tyrannies : c’est un motif de fierté cette grande Europe ; il nous reste un patrimoine, un trésor fondé sur une certaine conception de l’homme, des rapports entre l’individu et la société qui est vraiment fondamental et qui fait l’Europe ; ces valeurs, nous devons les sauver car elles peuvent être utiles au monde ; c’est cete croyance dans le fait que l’Europe peut encore apporter qulque chose au monde qui nous permet de dépasser les difficultés d’aujourd’hui et nous transcende.

L’Europe traverse sans aucun doute la crise la plus grave de son histoire depuis la ,guerre de 1939-1945 . Pourtant elle peut s’en sortir ; ce n’est pas qu’une question d’institutions ; ce qu’il nous faut , ce sont deux ou trois dirigeants qui empoignent leur bâton de pèlerin pour tenter de faire renaître ce bon vieil esprit qui doit être ravivé à travers la noble figure de Robert Schuman.

L’Europe a ses pères fondateurs et en ces temps d’interrogation, faire de la patristique européenne n’est pas un exercice vain.

Il s’agit, comme souvent dans l’histoire de notre Europe de sortir d’une crise par le haut ; Robert Schuman y retrouverait ses propos visionnaires sur la nécessité d’un fédéralisme européen, qui revient à l’ordre du jour ; c’est précisément la crie en zone euro qui en est la cause ; la monnaie unique exigeait et exige toujours un radical partage de souveraineté.

La fréquentation des Pères fondateurs de l’Europe peut nous aider à retrouver cette volonté politique sans laquelle la construction européenne ne peut avancer.

Un nouveau compromis est nécessaire entre l’action commune et le respect des traditions nationales que j’avais présenté en proposant une fédération d’Etats Nations ; peut-être que les turbulences que nous connaissons accoucheront d’une telle formule ; ce serait une avancée considérable pour l’Europe politique.

Jacques Delors

LETTRE À ROBERT SCHUMAN

« Vos écrits sur l’Europe n’ont pas pris une ride ; dans la période de crise profonde que traverse le projet européen, devant le désenchantement qu’il suscite aujourd’hui, je trouve rafraichissant et éclairant ce retour aux sources ; il permet de ne pas perdre de vue, non seulement le point de départ de toute la construction européenne, mais aussi son point d’arrivée que vous avez d’emblée situé.

Vous êtes le père d’une Europe qui ne croit plus en vous ; vous êtes peu cité dans les discours sur l’Europe des dirigeants politiques actuels ; ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la mort prématurée de votre projet ; de ne plus y croire, de ne plus s’y tenir, de vous tourner le dos.

Comment se fait-il qu’en 1950 votre percée, à travers tant d’obstacles, a si bien réussi ? Vous n’avez pas molli devant le premier lobby patronal venu, ni reculé devant les sautes d’humeur politiques ou les accueils divergents par la presse ; comment faisiez vous pour faire montre de tant d’assurance devant un projet encore plein d’inconnues ?

Il faut croire que votre projet arrivait à son heure ; vous étiez en 1950 the right man, at the right place at the right time ; de la façon la plus stupéfiante tant personne, et sans doute vous le premier, n’attendait le sage, raisonnable et effacé Robert Schuman dans le rôle de Père de l’Europe.

Plus la construction gagne en poids, plus elle exerce une force d’attraction autour d’elle ; d’autre idées pour l’Europe, parce qu’elles ont surgi à un moment inopportun, ont connu moins de bonheur ; la CED, La Constitution européenne.

L’Europe n’est pas qu’une affaire d’idées, aussi pertinentes et argumentées soient-elles ; la construction progresse cahin caha en réponse à des contraintes extérieures, à des évènements et aux crises qu’ils engendrent ; le 9 novembre 1989, la chute du mur de Berlin prend de court le monde entier ; il entraine la réunification de l’Allemagne ; pour contenir cette confiance germanique retrouvée, il faut l’arrimer à l’Europe.

L’idée de l’euro répond à un projet économique, mais d’abord hautement politique ; et sur le fond , des plus européens ; en guise de «  réalisations concrètes créant des solidarités de fait » selon le célèbre passage de votre déclaration du 9 mai, une monnaie unique, il n’ya rien de mieux !

Comme l’écrit le Général de Gaulle : «  en économie, non plus qu’en politique ou en stratégie, il n’existe à mon sens de vérité absolue ; mais il ya des circonstances » ; de même pour faire l’Europe.

L’histoire de la construction européenne le montre, les étapes majeure sont franchies lorsque sont réunies une idée pour l’Europe, concrète et forte, des circonstances appelant une réaction et quelques personnalité ayant appris à se connaître, à s’apprécier ; des dirigeants qui, pour vous citer encore, ont de l’Europe « la conscience de ses affinités historiques et de ses responsabilités présentes et futures » ; ensemble, ils flairent que l’heure de la grande idée est venue.

Une telle convergence est-elle aujourd’hui réunie ?

  • Des idées forces, des projets européens solides , il en existe des cartons pleins : Europe de la Défense, Communauté européenne de l’énergie et surtout l’idée d’ »union politique » ; sur tous ces sujets, les rapports d’expertises et études de faisabilité attendent le moment favorable.

L’union politique resurgit dans nos débats actuels ; c’est une formule pour répondre au besoin de solidifier la légitimité démocratique des institutions européennes, dont les pouvoirs ont été renforcés par l’approfondissement de l’union économique et monétaire à la suite de la crise de l’euro ; voilà l’idée force.

  • Les circonstances actuelles, on les résume sous le vocable de crise ; à commencer depuis 2010 par celle des dettes publiques sous lesquelles croulent plusieurs pays partageant l’euro, parfois du fait qu’ils ont dû secourir leurs banques ;l’austérité budgétaire poursuivie aujourd’hui pour réduire notre endettement réduit partout l’activité attisant une crise économique marquée par la récession et un chômage très élevé ; le projet européen peut-il avancer dans ce contexte ?

À d’autres étapes de la construction européenne, la croissance économique a sans conteste, dû aider à rendre les circonstances favorables pour poursuivre l’intégration ; en même temps, le propre de l’intégration européenne est de contribuer à nourrir la croissance et de guider les pays à emprunter des chemins nouveaux.

Mais notre crise actuelle n’est pas seulement celle du manque de croissance, de la finance, et des dettes ; ce qui fait trembler le socle de l’euro, réalisation la plus emblématique de la construction européenne, est une crise du projet européen tout entier , une crise de sens ; une monnaie unique n’est pas une fin en soi ; la question posée aux pays l’ayant adopté est de savoir quelle volonté les pousse à la partager ensemble ; de définir sur quoi cette monnaie repose, quel projet politique elle sert ; cette fin n’a jamais été trop explicitée ; c’est pourquoi l’idée d’union politique devrait être assortie d’une vision politique commune, affirmant notre modèle social européen.

Sinon l’opinion publique a l’impression, avec l’euro, d’être prise dans les mailles du filet d’une intégration qui n’ose pas dire son nom fédéral et qu’elle est condamnée à faire avec cette monnaie pour la seule raison qu’un point de non retour a été franchi ; l’argument selon lequel il serait globalement plus couteux aujourd’hui de se défaire de l’euro que de le garder répond sans doute à un calcul juste mais fait apparaître la monnaie comme un fardeau avec lequel les Européens doivent dorénavant composer plutôt qu’un instrument stimulant pour leur projet d’avenir ; la zone euro devient synonyme de prison.

  • Avons-nous – troisième condition- les hommes et les femmes pour ce faire ?

Des personnalités prêtes à investir leur temps et leurs talents dans le projet européen ? des commissaires véritablement européens qui ne prennent pas leurs ordres de la capitale qui les a nommés ? des hommes politiques soucieux moins de la prochaine élection que de la prochaine génération, pour citer de Gaspéri, cofondateur de l’Europe.

C’est un paradoxe pour l’Europe d’exiger continuellement l’équivalent d’hommes d’Etat ; force est de reconnaître que l’Europe a connu dans la période récente une génération de désinvoltes à l’égard de sa construction ; l’ancien chancelier allemand, Helmut Schmidt, le regrettait fin 2012 aux côtés de Jacques Delors : « quand je regarde les dirigeants actuels, je me demande qui parmi eux, est digne de compter parmi les héritiers de Jean Monnet et Robert Schuman ! »

Il faut dire que vous avez mis la barre très haut comme l’illustre cet émouvant témoignage : lors de l’adoption par la France de votre plan créant la CECA. «  les Ministres du Conseil de l’Europe siégeaient à Strasbourg sous la présidence de Robert Schuman ; à Paris la chambre discutait du plan au cours d’une ultime séance ; chacun était plein d’espoir mais rien n’était encore définitivement acquis ; soudain on apporta à Robert Schuman un pli qu’il décacheta avec une hâte fébrile ; aussitôt son visage se transforma ; des larmes perlèrent au bord de ses paupières ; et ce fut avec une émotion prenate que cet homme , d’ordinaire si calme et si maître de lui, annonça à ses collègues que le parlement français veanit de se prononcer en faveur de l’œuvre de sa vie, en faveur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier ».

Vos larmes trahissent que l’Europe, née ce jour là avait bien un père ; qu’elle n’atait pas uniquement une froide entreprise de raison.

Le projet européen sera sauvé lorsqu’il suscitera, chez ses protagonistes la même émotion, avec ou sans larmes.

L’Europe du non-dit

Il faut appeler les choses par leur nom, les situer dans leur contexte, mettre les pieds dans le plat et tracer une solution ; votre déclaration du 9 mai offre à ce titre un bon exemple : sans tourner autour du pôt, sans langue de bois, ele part du constat des geurres fratricides pour proposer de repartir ensemble autrement, avançant an pratique dans un premier temps l’organisation d’un marché commun du charbon et de l’acier et pointe , quelques paragraphes plus loin, en direction d’une « Fédération Européenne » à bâtir : les points de départ et d’arrivée sont d’emblée annoncés, avec des réalisations concrètes créant des solidarités de fait « comme balises d’un long chemin à emprunter à petits pas » ; c’est court, clair, méthodique et visionnaire, sans prétendre être définitif.

Un tel texte fort nous manque en attendant ; »moins on a de vision , plus on est tatillon » comme le déplore Jacques Delors.

Bien sûr, si la finalité du « pourquoi on fait l’Europe » - et en particulier une monnaie ensemble - pouvait être énoncée clairement, les institutions pour ce faire, leurs noms et ceux de leurs actes, en découleraient aisément ; et sans doute la vocation e ces institutions serait-elle dès lors mieux comprise, leur existence mieux acceptée et les inévitables compromis dans les affaires européennes, plus aisés à dégager.

La crise qui a secoué l’Europe en profondeur crée les circonstances aujourd’hui pour une reformulation.

Mais comment s’entendre sur une finalité commune avec aujourd’hui près de 30 pays ?

« Rien de durable ne s’accomplit dans la facilité » dites vous pour nous encourager ; pour ne pas se limiter au plus petit dénominateur commun, vous faisiez confiance à « notre volonté de maintenir notre union dans fissures » ; une volonté commune capable d’armer les négociateurs européens, à tous niveaux, de patience, de fermeté et d’ouverture au compromis par le haut dans l’intérêt de l’Europe pour construire celle-ci pas à pas.

C’est cette volonté qui fait cruellement défaut à la table européenne des négociations ; les dirigeants passent des heures à batailler sur la question du comment, sans débattre au préalable la question du pourquoi, celle de la finalité, du sens du projet européen.

La réponse à la question du pourquoi est à puiser dans un désir d’Europe des peuples, seul capable de porter la volonté politique des dirigeants pour nouer un heureux compromis à partir d’une idée forte savamment élaborée ; ce désir d’Europe, Monsieur le Président, vous l’aviez pressenti en 1950 mais il reste aujourd’hui tout entier à susciter, tant à l’inverse votre projet soulève déception, amertume, lassitude et des désirs adverses.

Le désir d’Europe

L’Europe est d’abord le fruit de la volonté des générations qui ont connu la guerre, l’épreuve de voir leurs contemporains déplacés, tués et leur pays humilié et ravagé ; mais aujourd’hui, qu’est ce qui pourrait encore pousser les Européens à faire route ensemble ?

Il existe plusieurs niveaux de réponse :

  • Utilitaire, c’est l’approche la plus pragmatique, la plus prosaîque et la plus individualiste : celle qui cherche ce que l’Europe m’apporte ; la Commission européenne s’est employée à faire valoir cette Europe utile, par la preuve ; les exemples concrets abondent :

L’ennui avec la seule approche utilitariste de l’europe est quelle s’oublie aussi vite que rappelée ; cette Europe au quotidien existe sans que je ne m’en aperçoive ;

Les pays qui ne retiennent que cette approche de l’Europe demandent à y entrer ou menacent d’en sortir selon la propre utilité qu’ils tirent de cette adhésion à tel moment de leur propre histoire ;

Surtout, l’approche utilitaire passe à coté de l’essentiel : elle ne désigne rien de singulièrement européen ; ce n’est pas l’Europe en soi qui est mise en exergue mais la pertinence d’un échelon pour agir, l’optimisation d’un niveau de concertation, l’efficacité d’une méthode de travail ;

Il n’ya donc pas ,lieu d’éprouver un sentiment d’appartenance à cette Europe là ; comme le reconnait Jacques Delors, «  on ne tombe pas amoureux du marché intérieur ».

  • Une autre approche pour faire l’Europe, c’est la géostratégie ; dans un monde où s’affirment les Etats continents, la première priorité de l’Europe doit être de se garder une place au soleil ; de défendre ses outils de production, son niveau de vie, ses technologies ; cette Europe doit être une puissance respectée assurant ses approvisionnements, faisant valoir ses règles, surveillant la réciprocité dans les ouvertures commerciales et la migration à ses frontières ; en somme, une Europe capable de relever le défi historique de la mondialisation.

Mais cette approche, aussi essentielle soit-elle ne distingue pas, ici encore, l’Europe en soi ; la devise qui sied à cette Europe faisant bloc devrait être « l’union fait la force ».

  • Mais la devise retenue pour l’Union Européenne est « unie dans la diversité » ; cela correspond à une autre approche pour faire l’Europe ; il s’agit de faire ressortir les traits essentiels et distinctifs de l’ensemble que nous formons ; ces caractéristiques rendent l’Union Européenne unique en son genre et révèlent les baes communes de notre civilisation ; le livre de Robert Schuman « pour l’Europe » résume bien cette approche : « l’Europe, avant d’être une alliance militaire ou une entité économique doit être une communauté culturelle dans le sens le plus élevé du terme ».

Cette approche exige un détour par l’Histoire, par les héritages successifs de l’Europe, des grecs aux Lumières, d’où ressort et même crève les yeux, le christianisme ; mais l’Europe ne se réduit pas au christianisme.

Ces traits communs aux européens définissent l’esprit du peuple :

*l’Europe est celle qui refuse de se soumettre à la fatalité, celle qui tient à rester maîtresse de sa destinée ; cele qui ne pense pas à s’enrichir à tout prix mais à le faire en respectant son idée de l’homme, à préserver une qualité de vie, à redistribuer ses richesses selon un modèle social renouvelé mais assumé à la face du monde ; « c’est par l’Europe que nous pourrons encore maîtriser nos vies ».

*n’est ce pas le sens profond du projet européen ? celui qui peut lui redonner goût et consistance ? l’expression « économie sociale de marché », inscrite comme objectif dan les traités européens, n’est pas qu’une expression consensuelle ; elle peut se lire comme une recherche d’équilibre entre dynamisme et justice sociale, quête proprement européenne ; et qui fut celle que vous exprimiez dès la création du pool charbon acier destiné aussi, selon votre plan, à élever les niveaux de vie des travailleurs européens et à égaliser les conditions de travail entre pays.

*autre quête d’équilibre on ne peut plus européenne : celle d’allier l’unité, vers laquelle nous pousse notre interdépendance avec la diversité qui exige de maintenir indépendantes toutes nos nations.

Certains grands pays du monde ne s’embarrassent pas de tels équilibres et imposent leurs conditions sans scrupule ; l’Europe qui cherche à intégrer tout en respectant les spécificités de chacun, témoigne par cette démarche de ce qu’elle tient pour cher.

Jean Paul II , depuis St Jacques de Compostelle a lancé un vibrant « Europe, sois toi-même » ; dans le monde d’aujourd’hui, cela donne tout un programme ; devenir ce qu’elle est et s’organiser pour cela, c’est ce qui fera de l’Europe notre bien commun, qui permet à chacun de s’élever ; c’est encore ce que l’Europe peut offrir au monde pour participer à le rendre plus humain ; autrement dit pour contribuer à donner de l’élan au processus de reconnaissance universelle de la dignité humaine :

Rien ne résume mieux ce dessein que le début de votre déclaration du 9 mai 1950  « la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ;la contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ».

Et en 1960 vous écriviez ;’l’Europe unie préfigure la solidarité universelle de l’avenir » ; c’est pour cette Europe là que devient acceptable la mise en commun de nos sacrifices et de nos risques ; c’est portant tout cela que l’Union peut vraiment être qualifiée d’européenne.

Européenne, surtout pas dans un sens étroitement identitaire ; cela dépasse largement le cadre institutionnel de l’Union Européenne ; vous l’avez répété souvent : « l’unité de l’Europe ne se fera ni uniquement, ni principalement par des institutions européennes ».

Cette unité se dit et se joue au quotidien dans les savoirs transmis dans nos écoles, dans l’urbanisme de nos villes, dans l’éclat de nos arts et de notre patrimoine, dans l’originalité de nos innovations et de notre recherche, dans la vigueur de nos associations et ONG, dans l’harmonie de nos paysages ; aujourd’hui l’Europe est décrite comme une super puissance de style de vie.

C’est en faisant ressortir cette appartenance à une même communauté culturelle, à la même patrie de nos patries comme Vaclav Havel définissait l’Europe, que les peuples consentiront à faire des pas ensemble.

L’Europe doit répondre à un désir de vivre ensemble en paix ;

Dans cette perspective, la construction européenne reste fondamentalement un projet de paix ; non pas seulement au sens étroit de l’absence de guerre sur notre continent.

Il est courant d’entendre qu’aujourd’hui pour s’unir, l’Europe a épuisé le besoin de paix et que pour motiver les nouvelles générations , il faut trouver aujourd’hui autre chose.

Cette quête est restée vaine car il n’ya rien de plus noble que la recherche de paix ; le projet que vous avez lancé en 1950 est celui d’une paix ancrée sur le continent, une paix ample et profonde entre européens à travailler sans cesse et une paix à défendre dans le monde.

*cela implique une Europe en paix avec son passé, colonial, impérialiste, totalitaire ; des communautés comme les Roms cherchent toujours leur place ; l’Europe avance en devant charrier toutes les séquelles et plaies mal refermées de son passé ; au XXIème siècle, ce patient travail de mémoire et de réconciliation est loin d’être achevé.

* la paix reste bien sur un projet pour le temps présent ; notre problème n’est plus la paix entre les nations mais la paix au sein des nations ; vous savez combien une paix durable est indissociable de la justice sociale ; dès que l’Europe s’emploie à empêcher que ne se creusent davantage les inégalités sociales, dès qu’elle s’attache à promouvoir l’égalité homme-femme, dès qu’elle s’attaque à la grande pauvreté, elle fait avancer la paix.

* mais vous n’avez pas lancé le projet pour l’Europe seulement pour en faire un îlot paisible et prospère à l’abri du reste du monde ; votre Europe se construit pour le monde ; dans votre déclaration du 9 mai 1950, vous pointez déjà l’Afrique dont vous souteniez en visionnaire la décolonisation et le développement ; ce serait aujourd’hui le sens d’une Europe de la défense et à la diplomatie active.

Selon le premier président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le combat permanent pour la paix est la raison d’être de l’Union Européenne ; sa première raison et son ultime raison ; l’alpha et l’oméga du projet d’unité européenne ; c’est ce qui justifie l’attribution du prix Nobel à l’Union.

Mais il faut des personnalités clairvoyantes ; des dirigeants qui ont une affinité avec le projet européen et qui portent une volonté politique pour l’Europe au regard de son Histoire.

À la rencontre des européens

Assiste-t-on à l’agonie du projet de Robert Schuman ?

Vous seriez navré par les tractations entre dirigeants européens ne calculant souvent que leurs seuls intérêts immédiats ; vous seriez découragé par la remontée des partis de l’extrême droite ; vous seriez déçu de constater que plus de soixante ans après, l’Allemagne suscite toujours tant de soupçons à son encontre chez ses voisins ; vous seriez affligé devant l’étendue du chômage ; vous seriez choqué aussi par nos niveaux d’inégalités de revenus.

Vous voudriez chaque fois redire la pertinence du choix européen, répéter les bienfaits de l’intégration ; mais seriez vous encore audible ?

Vous qui avez été l’artisan de la réconciliation franco allemande, socle de la construction communautaire, l’urgence est à une autre réconciliation, celle de votre projet avec les Européens ; celle du Père d l’Europe que vous êtes avec ses enfants qui peuvent se demander aujourd’hui dans quelle galère leurs ainés les ont embarqués.

On constate un fossé grandissant avec l’opinion publique.

Ce qui frappe en relisant vos derniers écrits sur l’Europe, c’est justement votre souci de respecter cette opinion ,publique, de ne pas la brusquer, ni de tricher avec elle ; vous recommandez au contraire de préparer l’opinion, de débattre avec chacune de ses composantes ; c’est toute une éducation à entreprendre avec les partis, les syndicats, les groupements en tout genre.

Cette pédagogie politique a fait cruellement défaut dans plusieurs pays ces dernières années, en particulier lors du grand élargissement de l’Union Européenne de 2004.

Vous vous êtes défendu d’avoir dressé avec l’Europe un guet apens à l’opinion ; vous avez souligné que l’adhésion au projet reposait toujours sur le libre choix éclairé de chacun ; l’Europe est un choix ; il ne serait pas inutile de rappeler que l’euro , comme tout le reste de la construction européenne répond à un tel choix collectif volontaire de chaque pays participant plutôt que de répéter à l’envi que nous n’avons pas d’autre alternative.

Le Parlement européen est aujourd’hui l’institution au dessus de laquelle plane encore l’esprit des pères fondateurs.

Untel esprit, vous l’espérez aussi de la France ; vous le confiez en 1956 à propos du rôle de notre pays dans la construction européenne, en particulier dans les circonstances de crise ; « notre pays a la vocation de montrer la route ; je vois une vocation particulière, on peut dire que tout tourne autour d’elle ; si la France se récusait, il n’y aurait plus d’Europe. ».

L’Allemagne, comme d’autres pays d’Europe, attendent aujourd’hui que la France reformule le projet européen, qu’elle le remette en perspective avec conviction et profondeur de vue ; la balle est dans son camp comme ce fut votre cas en mai 1950.

Au fond la CECA, puis les Communautés, aujourd’hui l’Union européenne, tout cela ne sont que des moyens, votre vœu le plus cher est que se réalise l’Europe unie.

À un ami venu vous rendre visite lorsque vous étiez placé en résidence surveillée en Allemagne, au printemps 1942 , en pleine guerre vous confiez : «  il faut proposer à nos peuples de former une communauté qui sera le fondement un jour d’une patrie européenne ; si nous agissons de la sorte nous aurons accompli les dernières volontés des morts de tous les pays ».


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