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AU ROBERT SCHUMAN, PÈRE DE L’EUROPE
La politique, chemin de sainteté


Par RENÉ LEJEUNE
ÉDITIONS DU JUBILE


Prologue

Par André Philip ( 1902 - 1970), professeur d’économie politique, Ministre de l’Economie et des Finances.

« J'ai connu R. Schuman pendant une quinzaine d’années au Parlement, au gouvernement puis au Mouvement Européen.

Ce qui m’a le plus frappé en lui, c’est le rayonnement de sa vie intérieure ; on était devant un homme consacré, sans désirs personnels, sans ambition, d’une totale sincérité et humilité intellectuelle qui ne cherchait qu’à servir, là et au moment où il se sentait appelé ; par tradition, il était conservateur, hostile aux innovations, par tempérament , il était pacifique, timide et hésitant ; souvent il a louvoyé, retardé la décision, essayé de ruser ; puis, quand il était sur de ce qu’exigeait de lui sa voix intérieure, il prenait les initiatives les plus hardies et les poussait jusqu’au bout, insensible aux critiques, aux attaques, aux menaces.

Dans l’atmosphère enfiévrée des débats parlementaires, il était rafraichissant de rencontrer un homme toujours prêt à engager le dialogue, cherchant à persuader, tenant compte des objections, toujours avec le même calme et une entière courtoisie ; pour atteindre son but, même le plus important, il n’a jamais employé un moyen vulgaire, exagéré le poids d’un argument, ni élevé la voix….

Mais par-dessus tout, il restera dans la mémoire de ceux qui l’ont connu comme le type du vrai démocrate, imaginatif et créateur, combatif dans sa douceur, toujours respectueux de l’homme, fidèle à une vocation intime, qui donnait le sens à la vie ».

Sur les pas de R. Schuman, la sainteté de la politique se manifeste non pas seulement par l’habileté et le savoir faire, mais aussi dans la consécration d’un être tout abandonné à Dieu, dont il se sait l’instrument ; un être prophétique.

9 mai 1950 : Naissance de l’Europe communautaire

Ce 9 mai 1950 pousse Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, sur le devant de la scène mondiale ; en même temps, il atteint le zénith de sa propre vie.

Ce jour là prends corps la seule idée politique féconde du XXème siècle ; R .Schuman invite solennellement les nations démocratiques européennes à s’associer librement en vue d’édifier une » communauté de destin » sans précédent dans l’histoire.

Le 9 mai 1950 s’ouvre un chapitre nouveau dans l’histoire de l’Europe. Et probablement dans l’histoire du monde.

C’est à R. Schuman qu’incombe la mission inattendue de poser la première pierre de l’édifice communautaire européen ; il va avoir soixante cinq ans ; il ne doute pas un seul instant que la Providence lui ouvre une porte étonnante : depuis toujours, il se sait, il se veut « instrument » : « Nous sommes tous des instruments bien imparfaits d’une Providence qui s’en sert dans l’accomplissement des grands desseins qui nous dépassent ».

Le 1er mai, sa détermination est inébranlable ; il va livrer avec adresse mais aussi avec l’indispensable dose de ruse, une bataille dont l’issue marquera l’histoire du vieux continent ; l’intense action que R. Schuman livrera au cours des neuf jours suivants constitue un véritable cas d’école.

Il s’agit de préparer la phase capitale, en prévoyant et en écartant les obstacles qui ne manqueront pas de surgir ; il s’agit de manœuvrer au plus fin : ruse sans duplicité, dissimulation sans mensonge, stratagème sans malice ; agir dans l’espoir du conseil évangélique : « soyez prudents comme un serpent et candides comme la colombe » Mt 10,16) ; tout se décidera le 9 mai ; aucune erreur technique n’est permise jusque là ; R .Schuman et Jean Monnet se mettent à la tâche, intensément, en gardant la tête froide.

L’Europe communautaire va naître de la conjonction de l’imagination d’un solitaire qui se meut dans les hautes sphères de la politique économique transnationale avec l’aisance d’un dauphin dans l’eau et du souci d’un homme d’Etat responsable qui cherche une formule capable de « lier les pays non plus par des paroles, mais par leurs intérêts ».

Un pli urgent est envoyé au chancelier Adenauer le 9 mai : tout en le lisant celui-ci « a l’impression que des portes de lumière s’ouvrent sur un vieux rêve enfoui dans son cœur » R .Schuman insiste sur le fait que le but de sa proposition n’est nullement de nature purement économique ; elle ne représente qu’une première étape ver une fédération des Etats européens ; la proposition a une finalité éminemment politique.

Adenauer transmet à R. Schuman son accord sans réserve par ces mots : «  J’approuve de tout cœur votre proposition ».

Le mot cœur est inscrit à la base de la construction européenne ; édifier l’Europe c’est une aventure de cœur plus encore qu’une affaire d’économie ; cette grande aventure est de l’ordre de sa civilisation ; celle-ci est enracinée dans le Christianisme.

Le chancelier Adenauer écrira dans ses mémoires : « Le mai 1950 a été le plus beau jour de ma vie ».

Lors de la conférence de presse au salon de l’Horloge du Quai d’Orsay, R.Schuman définit l’esprit de son initiative  « Il ne s’agit pas de vaines paroles mais d’un acte hardi, constructif » ; les conséquences pourraient en être incommensurables ; la France prend cette initiative essentiellement en faveur de la paix ; c’est la construction d’une Europe viable et pacifique qu’elle a en vue et qu’elle vise depuis vingt ans ; il faut associer l’Allemagne à cette Europe enfin dotée de bases économiques solides.

Robert Schuman lit la fameuse déclaration ; dès les premières phrases on sent le souffle insiré de la vaste perspective dans laquelle se place l’initiative.

« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ; la contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques… L'Europe, n’a pas été faite et nous avons eu la guerre. »

«  L’Europe, ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble ; elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » ; prodigieuse vision de ce qui allait se produire au fil des décennies ces paroles prennent un relief saisissant, littéralement prophétique. »

«  Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production de charbon et d’acier sous un e haute autorité commune , dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. »

«  La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devint non seulement impensable mais matériellement impossible. »

Jamais une idée politique, à la fois pacifique et révolutionnaire de cette ampleur n’a été lancée dans un con texte international aussi précaire et discordant.

L’impact de la déclaration du 9 mai est considérable tant en Europe que dans le reste du monde ; LE MONDE intitule son article «  une initiative révolutionnaire ».

Adenauer notera dans ses Mémoires : « L’initiative éblouissante et audacieuse de R. Schuman était un acte d’une extraordinaire signification ; elle lui assure une place historique parmi les grands français et les grands européens ».

Y-a-t-il un prophétisme en notre temps ? Appelés à être la lumière du monde, les chrétiens exercent nécessairement un charisme de prophétie au sein de l’Église et du monde.

Nourri par la spiritualité de l’abandon à Dieu dont le croyant est un instrument, R. Schuman pose le 9 mai 1950 un acte prophétique majeur ; le projet communautaire qu’il propose est une œuvre de paix pour l’Europe ; et c’est la solidarité universelle de l’avenir que d’après ses paroles, l’Europe unie préfigure ; sa vie semble avoir été une préparation à son rôle déterminant dans l’émergence de la première communauté de peuples librement associés de l’histoire.

De Luxembourg à Metz

L’empreinte d’une mère :

R. Schuman est le pur produit d’une éducation chrétienne réussie ; l’éducation chrétienne, c’est l’effort de tous les jours déployé par un enfant , sous la conduite de ses parents, pour constamment vivre et agir en présence de Dieu ; le Christ est l’unique éducateur d l’homme créé à l’image de Dieu ; l’éducation chrétienne c’est l’accompagnement de l’enfant par Jésus le bon Berger qui le guide hors de l’enclos vers de verts pâturages, hors des ténèbres vers la lumière, hors de l’ignorance de la vérité vers sa connaissance, hors du péché vers la vie de grâce.

Il décide de faire ses études à Metz ; il a déjà l’habitude de s’en remettre à la divine Providence, spiritualité fortement recommandée par Léon XIII ; c’est le premier pas déterminant sur un itinéraire providentiel qui ne s’arrêtera qu’à sa mort.

Le soin accordé à l’épanouissement de la foi domine tout l’effort éducatif ; l’âme y est privilégiée ;l’exemple de cet homme témoigne que l’histoire n’est ni un jeu de hasard, ni une construction purement humaine ; elle est un projet divin livré à la liberté humaine, au bon vouloir des hommes ; pour qu’elle puisse se déployer conformément à ce projet, il faut l’accord et la participation des hommes créés libres ; quand l’histoire dérape, c’est que les hommes ont substitué leurs calculs et combinaisons au projet divin.

L’exemple de R obert Schuman est éloquent, né au Luxembourg, allemand de naissance, français de cœur, formé par deux des hautes cultures du vieux continent, il est marqué par le destin pour jouer le rôle déterminant dans la grande idée neuve du XXème siècle : amener l’Europe à s’unir enfin après qu’elle se fut longtemps déchirée ; pour ce pas intuitif vers une plus étroite intégration de la famille humaine s’applique la parole du sens de l’histoire : « Cet homme est un instrument que j’ai choisi » Ac 9, 15.

Université et Profession

En 1904 , il choisit le droit : l’art du bien et de l’équité ;en 1911 , il perd sa mère ; il en a hérité la charité agissante, une honnêteté scrupuleuse, l’amour du travail bien fait, la fidélité aux valeurs religieuses, le souci du perfectionnement intérieur permanent, la sensibilité musicale et littéraire ; il songe au sacerdoce ; son meilleur ami, Henri Eschbach, l’en détourne :  «  Dans notre société, l’apostolat laïc est une nécessité urgente ; je ne puis imaginer de meilleur apôtre que toi ; tu resteras laïc parce que tu réussiras mieux à faire le bien, ce qui est ton unique préoccupation ».

« Faire le bien » un mot d’ordre paulinien pour la vie « Ne nous lassons pas de faire le bien » Ga 6,9, reçu comme viatique de sa mère ; va pouvoir s’appliquer à la lettre dans la cité lorraine choisie comme lieu d’exercice de cette haute vertu ainsi que de son activité professionnelle.

Engagement dans la Cité

Il ouvre une étude en 1912 à Metz ; ses plaidoiries frappent par leur sérieux, l’absence d’emphase, la rigueur de l’argumentation, la clarté des démonstrations juridiques, l’honnêteté des preuves.

Il ne se cantonne pas à son activité professionnelle ; il cherche à aire le bien ; il offre son concours bénévole au Bureau de bienfaisance ; il s’engage dans l’Union populaire lorraine dont le but est de propager l’ordre chrétien dans la société ; il se veut apôtre dans la société ; c’est sous l’égide de l’Eglise qu’il tient à œuvrer ; un an après sa venue à Metz, sa réputation est déjà solide ; en 1913, LE LORRAIN l’évoque ainsi : « M. Schuman, depuis si peu de temps à Metz, y est déjà connu avantageusement ; la part qu’il prend à toutes les manifestations catholiques ainsi que son dévouement sans bornes aux œuvres de bienfaisance ont fait de lui un des hommes les plus aimés et déjà un chef respecté et écouté. »

Que dit-il ? Pour affronter l’individualisme de compétition acharnée de la civilisation industrielle, il faut former le peuple, sinon il est livré sans défense à l’égoïsme brutal au sein de la société ; chaque chrétien est appelé à s’engager comme apôtre.

Il rencontre l’évêque de Metz,MGR Willibrond Benzler ; cela marquera un tournant dans sa vie ; l’attention de l’évêque a été attirée sur le jeune avocat dont l’enseignement chrétien et social témoigne des profondes convictions religieuses et d’un sens développé du bien commun ; il crée une structure sur mesure : la direction des œuvres diocésaines de la jeunesse ; R.Schuman en est nommé président à 27 ans.

L’Evêque lui conseille d’étudier le thomisme ; il ne cessera pas de le faire jusqu’à la fin de sa vie ; il consolide à travers le thomisme sa philosophie de la nature et de l’homme ainsi que celle de l’agir moral ; le thomisme lui apporte l’instrument dialectique qui correspond à sa nature profonde ; dialectique de conciliation et de réconciliation.

L’Evêque sensibilise les lorrains au combat pour la justice sociale renforcé depuis 1891 par RERUM NOVARUM, grande encyclique sociale de Léon XIII. La mission confiée à Robert SCHUMAN à la tête des œuvres diocésaines de la jeunesse, c’est précisément la diffusion de ces idées novatrices dans la génération montante.

En 1913, il est chargé de la préparation du rassemblement du catholicisme allemand à Metz : il représente le fer de lance non seulement du combat spirituel mais encore de la lutte séculière en faveur du renforcement de la justice sociale ; le catholicisme social allemand représente une phase importante de la formation de R.Schuman.

Pendant la guerre 1914-1918

R. Schuman éprouve une profonde aversion à l’encontre de toute violence ; dans ses lettres, il parle de déchainements d’instincts primaires ; de son regret pour tant d’indignités humaines.

Le futur artisan de paix échappe aux torrents de violence qui submergent le vieux continent ; il n’a jamais porté la moindre arme ; la Providence le prépare , dans d’humbles tâches, à une mission cruciale.

L’entrée en politique

En 1918, le jacobinisme assimilateur de la République succède à l’uniformisation impériale de 1870 ; les lorrains tiennent à leur législation sociale héritée de l’Allemagne, qui est la plus avancée d’Europe et également à la législation scolaire et religieuse.

Le 16 novembre 1919 auront lieu les premières élections législatives d’après guerre ; l’Union populaire républicaine s’est constituée pour lutter pour la préservation des régimes social , scolaire et confessionnel par la France ; pressenti, R. Schuman refuse ; la politique ne l’attire nullement ; le chanoine Collin revient à la charge ; il sait qu’à ¨Paris la bataille sera rude face à des hommes tels que Clémenceau et Herriot, tous deux hostiles à l’Eglise ; or il s’agit de réussir une intégration harmonieuse des provinces recouvrées dans l’ensemble français ; la préservation des valeurs auxquelles elles tiennent en sont un élément essentiel.

« La Lorraine a besoin de vous pour préserver son âme » lui lance le Chanoine Collin ; il se rend à cet argument ; « Ce n’est pas l’ambition qui me guide, écrira-t-il, combien aurais-je préféré me consacrer à ma profession, aux œuvres religieuses et sociales, à ma famille! mais il y a des devoirs auxquels on ne peut se dérober. » ; réflexion faite, il reconnait dans ces circonstances la manifestation de la volonté de Dieu ; il est tout abandonné à la Providence ; il va se donner corps et âme à sa nouvelle mission.

Le député

La politique le happera tout entier ; ce qui lui importe , c’est l’épanouissement d’un idéal ; une floraison qui puisse manifester le Règne de Dieu sur terre ; à cet idéal là, il consacrera toute sa vie ; entré contre son gré dans le combat politique, il va le mener comme un apostolat, illustrant ce qui a été si justement appelé la sainteté de la politique ( Mgr Pierre Raffin).

Il apprendra le métier avec une rapidité exceptionnelle : il battra tous les records parlementaires d’auteurs et rapporteurs de projets et préparation de lois.

Sentant bien que tout l’avenir des provinces recouvrées se joue au cours de cette première législature, R. Schuman déploie une activité de totale démesure ; il déploie une somme incoyable d’efforts pour les recherches, la documentation, les contacts et les démarches pour cette gigantesque activité.

En examinant ses interventions en séance plénière à la Chambre, on ressent une forte détermination dès qu’il s’agit de questions touchant à la foi ; là, il s’agit bien , à ses yeux d’un enjeu essentiel ; quand il intervient, c’est toujours avec mesure et civilité, mais sans compromission, exposant ses propres positions prises à la lumière de la foi chrétienne et de la doctrine de l’Église.

Dans sa première intervention, il répercute la doctrine sociale de l’Église.

Mission confirmée

Au cours de la seconde législature d’après guerre, on admire son extraordinaire puissance de travail, on a ris conscience de son intégrité morale.

Dans le contexte de la réintégration, deux domaines lui tiennent particulièrement à cœur : le statut religieux des deux provinces, celui de l’Eglise et celui de l’école ; en 1925, il écrira : « L’école laïque est la grand machine à déchristianiser la France ; nous la repoussons ».

S’il se fait le défenseur du particularisme de l’Alsace et de la Lorraine, c’est qu’il a une conception réaliste et globale de l’identité native de l’être humain ; famille, province, nation en sont les principales composantes ; très tôt avant la guerre il rêve d’une Europe unie ; pour lui, l’avenir de l’humanité se trouve dans l’unification et non pas les fractionnements ; une unification respectant scrupuleusement les identités régionales et locales ; en ce domaine, le principe le plus efficace et fécond est celui de la subsidiarité ; il était hostile aux tendances centralisatrices si puissantes au sein de la République Française.

L’âme de la Lorraine

Il a une préoccupation constante : Sauvegarder l’âme de la population rendue à la France ; celle-ci vit sous l’inspiration d’une tradition laïque d’essence antichrétienne ; la Révolution de 1989 n’a pas caché son objectif de libérer la société française de l’empire de la civilisation judéo-chrétienne ; il est déterminé à se battre chaque fois que l’on tentera de s’en prendre au patrimoine spirituel de l’Alsace et de la Lorraine ; les attaques ne tarderont pas ; on voit alors Robert Schuman, le doux et le pacifique sortir les griffes comme un lion.

A ses yeux, l’offensive contre un bien spirituel inaliénable des alsaciens et des lorrains s’en prend à un principe sacré ; il tien t au trésor le plus précieux de l’être humain qu’est la foi.

C’est par le biais de l’école que le courant antichrétien des milieux gouvernementaux de Paris va s’attaquer à l’âme de la Lorraine ; au long du combat qui allait s’engager , Robert Schuman est le plus actif des députés ; il déploie le même vigoureux mouvement en faveur du maintien en Alsace Lorraine des dispositions du Concordat avec le Vatican, en vigueur dans ces provinces.

Il a fallu cinq siècles à l’Eglise pour canoniser l’une des figures les plus pures et émouvantes de l’histoire de France ; le 17 mai 1920, cet oubli injuste est enfin réparé ; Benoit XV procède à la canonisation ; R. Schuman est membre de la délégation française ; à ses yeux, Jeanne la Lorraine n’est pas seulement l’héroïne qui a incarné la vertu du patriotisme , elle symbolise également, par son obéissance aux voix qui la guidaient , la grande vertu qui est l’une des forces motrices de la foi : le toatl abandon de l’âme à la volonté divine ; l’âme abandonnée s’en remet à la souveraine liberté du Maitre de l’Univers ; la construction du règne de Dieu sur terre en est accélérée.

La méditation de l’exemple de la bienheureuse Jeanne d’Arc qu’il vénérait l’a mené à faire à son tour l’acte formel, d’abandon total à la sainte volonté de Dieu ; son itinéraire personnel ainsi que l’histoire de l’Europe toute entière en cueillera les magnifiques fruits :le Seigneur peut réaliser des merveilles chaque fois qu’il dispose d’un instrument docile ; l’apôtre Paul en est la plus étonnante illustration : « Va trouver Saul, c’est lui que j’ai choisi comme instrument » Ac 9, 12.

Mgr Benler a orienté R. Schuman vers l’apostolat laïc, le Chanoine Collin l’orientera vers la politique ; une fois qu’il a reconnu que ce nouvel itinéraire de vie correspondait à la volonté de la Providence, R. Schuman s’y adonnera corps et âme ; il constatera , à son grand soulagement, que l’action religieuse et l’action politique, bien loin d’être antinomiques et inconciliables, sont au contraire, comme deux mains, complémentaires et organiques.

Concilier le spirituel et le profane demeurera sa préoccupation constante, l’un des grands objectifs de toute sa vie, celle-ci, à partir de 1919 , se confondra avec l’engagement politique dans la cité terrestre ; sa vie n’est pas cloisonnée,  au contraire, c’est tout l’être, croyant et acteur politique confondus, qui doit s’engager dans la construction du Royaume ici bas ;

L’influence du catholicisme social allemand n’a pas été négligeable dans le devenir de la vision que R .Schuman se forge progressivement de l’action du chrétien dans la cité des hommes ; le Seigneur l’invite à y devenir « levain » et « lumière », R. Schuman répondra fidèlement à cette invitation de l’Evangile ; là réside tout le secret de son engagement politique, indissociable de sa foi chrétienne.

C’est ainsi qu’il participe également de manière agissante aux Semaines sociales ; celles-ci dispensent chaque année depuis 1904, des enseignements de type universitaire sur les grandes questions sociales du temps présent.

Son engagement pour la défense et la promotion de l’héritage chrétien est multiforme ; la cause de l’Église oriente son engagement politique dans le sens de la justice sociale à tous les niveaux et dans tous les domaines auxquels il a affaire comme député ; c’est dans la foi chrétienne, dans l’Évangile qu’il puise son inspiration.

Retour au pays natal

Robert ScHuman est réélu de 1924 à 1936. L’action qu’il va déployer en faveur de sa circonscription, sa serviabilité, da disponibilité, son total dévouement à sa mission, considérée comme un apostolat, l’aura qui émane de sa personne lui conquièrent peu à eu les cœurs des électeurs.

Au Parlement, il va exercer une fonction conciliatrice et réconciliatrice ; il est l’homme de la sagesse, de la pondération, de la paix.

À l’approche du cataclysme

Au cours de ses vingt ans de vie parlementaire, il a défendu une politique conforme à la définition qu’il en donnait : « Le réalisme sans idéologie ».

En ce qui concerne l’Etat, il plaidait pour sa réforme constitutionnelle en profondeur ;l’instabilité gouvernementale permanente lui apparaissait comme un insupportable gâchis des forces vives de la France ; il attribue à la dérive mentale de la société, causée par la guerre, le mauvais fonctionnement des institutions du pays.

La crise du parlementarisme, les incessants empiètements de l’intérêt privé sur le bien commun, tout cela procède d’une cause principale : L’effroyable déchainement de tous les égoïsmes.

En fervent catholique, R. Schuman a la plus haute idée du rôle de l’Église dans la société ; elle prépare l’avènement du règne de Dieu sur terre non seulement en dispensant aux hommes des biens spirituels, mais également en les orientant dans la recherche de la paix et de la justice ; qui sont des conditions essentielles de l’ordre voulu par le Créateur ; en tant que pédagogue des personnes et des familles, elle prépare les fidèles à leur rôle familial, professionnel, civique , en leur enseignant la pratique des vertus sociales ; l’Église ne saurait se laisser enfermer dans la pratique du culte, elle s’intéresse par mission divine, à tout homme, à tous les hommes.

Ces vingt ans d’activité parlementaire font ressortir les principes constants dont s’inspire R. Schuman : réalisme, modération, conciliation ; l’homme politique est conscient d’avoir été choisi comme instrument par la Providence ; c’est pourquoi il s’y est constamment adonné de tout cœur à sa tâche ; il exerçait en fait un apostolat.

La tourmente

Par conviction profonde et vision inspirée, il soutient les efforts de paix et d’union entre les peuples déployés par Briand qui rêve déjà d’une fédération des Etats européens ; R. Schuman soutient cet homme d’Etat visionnaire particulièrement dans ses efforts de réconciliation avec l’Allemagne.

Après la défaite, il vote les pleins pouvoirs et se démet de ses fonctions de Sous Secrétaire d ‘État.

« Il garde la confiance inébranlable en la Providence, en la valeur des forces impérissables, en la grâce d’en haut qui ne nous fera pas défaut au moment crucial » ; de retour à Metz, il est incarcéré pendant 7 mois puis en résidence surveillée en Rhénanie ; il s’enfuit en août 1942. Il se réfugie dans les monastères ; il affirme sa conviction que l’Allemagne, quoique encore forte en cet été 1942, a perdu la guerre.

Pour lui , « La cellule d’une prison est comparable à celle d’un monastère ; on peut y prier à loisir, sans être dérangé, comme un moine ; et si on a droit à des livres , c’est le bonheur ; on se trouve alors en compagnie de grands esprits ou d’évènements importants ; on y est en dialogue intérieur permanent ; les sept mois que j’ai passés en cellule à Metz, comptent parmi les plus intenses, les plus fervents de ma vie ; curieusement cette période recouvre, jour pour jour, le grand carême des moines ; on sait que le carême est un temps fort de retour sur soi, d’ascèse et de prière ; je bénis Dieu d’avoir permis que je vive ce temps fort ; quand je sortis de prison, sans savoir où cela me mènerait, les cloches de Pâques sonnaient à toute volée pour annoncer la Résurrection ».

Il pense aux lendemains de la guerre, il expose sa vision de l’avenir ; il ne faudra pas laisser passer la chance d’avoir à repartir de zéro ; la France et l’Allemagne doivent s’unir une bonne fois pour toutes et former à elles d’eux , le noyau d’une unification de l’Europe ; parlant de la future Allemagne, il déclare : « Il faudra que ce peuple férocement dynamique soit enchainé par un maillon d’institutions solides telles que son envie d’hégémonie soit à jamais étouffée », quelques années plus tard, c’est lui-même qui sera appelé à forger ce maillon.

Émergence de l’homme d’État

Le nouveau Gouvernement issu des élections de 1946 va consacrer R. Schuman homme d’Etat ; il est nommé Ministre des Finances ; il déclare : «  Les chrétiens doivent s’acquitter au mieux de leurs tâches car ils oeuvrent, quoiqu’ils fassent, à l’édification du Règne de Dieu sur Terre ; il faut qu’ils en aient conscience. »

« Réalisme sans idéologie » : la définition de la politique par R. Schuman s’applique aussi, dans son esprit , aux finances ;aussi lutta-t-il en faveur de l’équilibre du budget qui constitue son objectif, tandis que sa méthode, c’est l’orthodoxie financière.

Le gouvernement est renversé le 21 novembre 1947.Il laisse un bon souvenir au Ministère des Finances : il a donné l’exemple de la rigueur, de l’austérité mêmes qu’il a réclamées pour le pays ; il a forgé le respect des milieux politiques et économiques pour sa gestion, sage et rigoureuse, il est appelé comme chef du gouvernement.

Le moteur de l’engagement politique est habituellement l’ambition ; c’est l’instinct du chef qui sommeille en tout homme ; il n’en fut pas ainsi pour R. Schuman ; entre en politique à contrecoeur en 1919 au gré et sous la contrainte des circonstances, il s’en fit un serviteur exceptionnellement dévoué, dès lors qu’il reconnut dans cet engagement politique un appel, la volonté de Dieu ;c ‘est la raison de sa fidélité à cet engagement circonstanciel tout au long de sa vie ; et quand il accéda, en raison de ses hautes compétences et de son intégrité, à des charges gouvernementales, il s’en acquitta dans un esprit de service exemplaire ; servir l’État, c’était pour lui, servir Dieu ; or les serviteurs de Dieu sont « marqués au front » Ap 7,3, c'est-à-dire leurs œuvres doivent être reconnaissables à l’esprit qui les inspire, suivant l’invitation de l’apôtre Pierre : « Comportez vous en hommes libres, mais agissez en serviteurs de Dieu ».

Chef de gouvernement

R. Schuman est désigné le 22 novembre 1947 comme Président du Conseil ; son programme de gouvernement de résume en deux expressions fortes : « Parler net et agir vite ».

Il doit faire face à une situation d’une extrême gravité ; le pays est paralysé, la grêve prend un caractère insurrectionnel ; il fait face à la sédition avec un calme et une sorte de détachement extraordinaire ; il fait rappeler 80000 réservistes et soumet à l’Assemblée nationale des mesures de défense républicaine.

La fermeté est payante ; la France reprend confiance ; les jusqu’au-boutistes fomentent des émeutes et multiplient les sabotages ; peine perdue ;grâce à sa tranquille et impressionnante détermination R. Schuman a probablement sauvé le pays ;il sort grandi de cette redoutable épreuve.

Il doit faire face aussi aux secousses politiques provoquées par le Général de Gaulle ; il adopte une attitude conciliante.

L’incompréhension entre les deux hommes était profonde ; elle remontait aux discordances produites par l’éducation ; nourri d’une double culture française et allemande, R. SCHUMAN était ouvert sur l’Europe et son universalité ; élevé dans une famille aux fortes traditions catholiques et françaises à une époque où régnait l’esprit de revanche contre l’Allemagne ; il se méfait de Schuman pour son manque de patriotisme.

Une lueur d’espoir se lève à l’horizon : G.Marshall propose le 5 juin 1947 un programme de coopération destiné à aider l’Europe à accélérer la reconstruction des ruines entrainées par la guerre.

Mais les jeux des partis provoquent la démission de Schuman le 20 juillet 1948. En moins d’un an, l’homme politique modeste et effacé a vu son autorité s’imposer dans la classe politique et son renom se répandre dans le pays.

Ministre des Affaires Étrangères

L’entrée de Schuman au Quai d’Orsay est accompagnée de commentaires de presse amusés et sceptiques : on y parle de moine au Qui d’Orsay, de l’étrange présence d’un chrétien pieux et franc au ministère du double langage ; le moine y restera quatre ans et demi ; il survivra à la chute de huit gouvernements entre juillet 1948 et janvier 1953.

Quand il se voit confier ce Ministère, les deux blocs antagonistes qui se partagent le monde sont entrés dans une période dure d’affrontements et de heurts ; la guerre froid bat son plein ; au cœur de la rivalité chargée de périls, y compris nucléaire, la question allemande.

C’est dans ce contexte dangereux, antagoniste sans précédent que R.Schuman commence à exercer ses responsabilités ; plus que jamais il porte en lui le vieux rêve que Briand a tenté en vain de mettre en œuvre avant la guerre et que lui-même a expos plusieurs fois pendant la guerre à ds interlocuteurs incrédules : le rêve d’une Europe unifiée ; le processus historique ne pouvait être engagé que par la réconciliation entre la France et l’Allemagne.

Il a une très vive conscience du rôle divin dans le devenir humain : « Les maîtres de l’histoire ne sont pas ceux qui s’agitent sur le devant de la scène ; ils peuvent tout au plus infléchir passagèrement le cours de l’histoire ; ils ne peuvent l’orienter définitivement ; il n’y a qu’un seul maître de l’histoire qui oriente définitivement le destin des hommes d’après son plan ; c’est le Tout Puissant ; et il choisit ses instruments parmi les hommes de bonne volonté ».

Avec sa très vive conscience de l’action de la Providence dans les évènements concrets, petits et grands, qui font et défont l’histoire, il ne pouvait pas ne pas penser qu’il a été choisi comme instrument : « Nous sommes tous des instruments, bien imparfaits d’une Providence qui s’en sert dans l’accomplissement des grands desseins qui nous dépassent ».

Parmi les hommes politiques français, il n’y avait , après la, guerre, aucun qui connût l’Allemagne aussi bien que lui ; et peu qui aient une vision plus claire des impératifs de l’avenir : c’est avec l’Allemagne qu’il fallait commencer et c’est à la France que revenait le rôle moteur ; il était prêt lui-même à entreprendre cette grande aventure.

Il était reconnaissant au Seigneur qu’il l’eût choisi, lui, comme instrument d’une œuvre politique sans précédent dans l’histoire et, il le sentait fortement, d’un e étape exemplaire dans le devenir humain ; il était déterminé à mettre tout le poids de ses connaissances et de son expérience pour faire aboutir cette œuvre historique ; mais que d’obstacles à franchir ! à cinq ans de la fin du cauchemar nazi, les adversaires de l’Allemagne sont nombreux sur tout l’éventail politique.

Coté positif, la volonté fortement affirmée des Etats-Unis de réintégrer l’Allemagne dans le front des démocraties menacées par l’impérialisme soviétique ; R. Schuman est heureux de cette pression : elle sera effectivement un élément déterminant de la réussite finale.

Il faut d’abord écarter tout ce qui rend impossible le rapprochement de la France et de l’Allemagne ; la question de la Sarre, artificiellement créée après la guerre par des gouvernements français mal avisés, est au cœur du différend entre les deux pays ; une nouvelle fois , le lien de personne à personne avec Adenauer va faire merveille ; on ne saurait douter que la rencontre des deux hommes ait été providentielle ; tous deux sont des hommes de frontières, tous deux sont animés d’une foi catholique fervente, tous deux sont connus pour leur intégrité, leur rectitude.

Le Seigneur, maître de l’histoire dispose là de deux êtres exceptionnels pour servir un dessein qui les dépasse : un progrès déterminant sur le chemin d’une concorde entre les peuples qui soit de nature à défier le temps, par la mise en œuvre d’une idée neuve dans l’histoire des hommes ; une étape capitale dans la voie de l’unité de la famille humaine ; si l’on ajoute à ces deux être un troisième qui leur ressemble par son origine, sa foi, sa vision, de Gasperi, on a le tiercé gagnant le plus prodigieux de l’après guerre.

Il faut écarter l’obstacle de la Sarre ; pour parvenir à ce but, il faudra une fois de plus, appliquer la stratégie des petits pas : il ne faut as dévoiler trop tôt l’objectif qu’on cherche à atteindre, tant que les hommes ne sont pas prêts à l’accepter ; il lui faudra de longs mois de patientes manœuvres pour écarter l’obstacle de la Sarre ; la voie une fois dégagée, il peut entreprendre la grande aventure ; le 9 mai, sa vison prendra corps ; il sera placé au cœur de sa vocation, de sa mission ; en France il était probablement le seul à pouvoir en être investi :

D’après Dean Acheson, Secrétaire d’État américain « Schuman possédait sa vision d’une Europe unifiée à une époque où il était difficile en France d’avoir une vision ».

La cité européenne

La déclaration du 9 mai 1950 constitue l’acte de naissance de l’Europe communautaire ; quand R. Schuman a fait connaître au monde cette déclaration, il avait une vision précise des raisons qui poussent l’Europe à s’unir ; son analyse est singulièrement perspicace : elle garde aujourd’hui toute sa force anticipatrice ; « Aucun pays européen n’est plus capable à l’intérieur de ses frontières de satisfaire ses besoins et de résoudre ses problèmes par ses propres ressources économiques et militaires ;le morcellement de l’Europe est devenu un anachronisme, un non sens, une hérésie ;  les pays européens doivent se libérer des égoïsmes à courte vue ; pour atteindre cet objectif, la méthode des accord bilatéraux est dépassée ; il faut non seulement des traités créant des obligations mais également des institutions dotées d’une autorité propre et indépendante, les intérêts particuliers se fusionnent dans l'intérêt commun comme ceux des citoyens se confondent avec l’intérêt national ».

Dans son action de Ministre des Affaires Etrangères, Robert Schuman s’efforce de mettre en pratique ces principes de la construction européenne ; le 4 novembre 1950 , il signe à Rome, au nom de la France, la Convention européenne de sauvegarde des doits de l’homme qui prévoit un pouvoir juridictionnel ; en de dotant d’une convention ayant force de loi, l’Europe sert d’exemple à l’ensemble de l’humanité.

Le géniteur de la Convention, c’est le Conseil de l’Europe ; celui-ci est né d’une proposition française faite par le gouvernement Schuman le 20 juillet 1948.

L'Organisation du Traité de l’Atlantique nord est le troisième élément est créé le 4 avril 1949 ? Robert Schuman en a été l’avocat.

Les américains poussent au réarmement de l’Allemagne ; R. Schuman s’emploie pour faire accepter une Communauté européenne de Défense ; le traité est signé le 27 mai 1952. MAIS LA France torpillera son propre projet.

R. Schuman a réussi à poser les fondements de l’unification européenne ;pour réussir une œuvre aussi novatrice et sans précédent dans l’histoire, il a fallu un contexte favorable mais encore une action providentielle soutenue ; R.Schuman en était persuadé « sans l’intervention de la Providence, tous nos efforts auraient été vains face à l’importance et à la nouveauté de la tâche ».

À ce moment là, il est pleinement conscient que la route mena à l’unification européenne sera longue et parsemée d’obstacles.

L’Évangile a illuminé tout l’existence de R. Schuman ; structuré par le thomisme , son esprit était préparé pour le combat politique que justifieront Blondel et Maritain ; l’humanisme enraciné en Dieu est seul capable de renouveler la civilisation que le mécanisme matérialiste et le positivisme enfoncent dans une entropie mortelle ; seul cet humanisme là peut réhabilité l’homme ; or ce n’est que par la réhabilitation de l’homme, que pourra être rénové la cité profane ; toute l’action politique de R. Schuman a été dictée par cette vision de la destinée humaine.

Les faiblesses et les défaillances des individus et des communautés sont contrebalancées par les énergies de la grâce divine chaque fois que les hommes de bonne volonté sont à l’œuvre ; et si ces hommes se considèrent comme les instruments de Dieu, alors le « maître de l’histoire » peut réaliser de grandes choses ; c’est ce qui vient d’arriver à R. Schuman et par lui à l’Europe ces cinq dernières années.

Discours aux européens

Dès la fin du printemps 1953, il prend son bâton de pèlerin de l’Europe pour aller porter pendant 7 ans la bonne nouvelle communautaire.

L’avenir de l’Europe nous propose désormais de coordonner, d’orienter, de regrouper ; coordonner certaines activités de pays européens pour accroître leur efficacité, orienter ces activités vers un bien commun supranational ; regrouper ces pays vers une action commune et concertée ; c’est cela faire l’Europe.

Comment y parvenir ? Dans le passé, les Etats assuraient leur coopération par le moyen d’accords bilatéraux et multilatéraux ; les traités qui établiront progressivement l’Europe communautaire intégrée relèvent d’une toute autre méthode, d’un tout autre esprit : ils créent des structures, des entités nouvelles dotées d’une autorité propre et autonome ; a côté des souverainetés nationales, qui resteront prédominantes, il y aura une part de souveraineté communautaire déléguée par les Etats participants ; ces organismes nouveaux seront exclusivement au service de la communauté supranationale qui a des objectifs et des intérêts distincts de ceux de chacune des nations affiliées.

La démocratie sera chrétienne ou ne sera pas : « La démocratie est d’essence évangélique parce qu’elle a pour moteur l’amour ».

C’est étrangement méconnaître et restreindre la mission du christianisme que lui réserver uniquement la pratique du culte et des bonnes œuvres ; le christianisme au contraire, est une doctrine qui entend définir le devoir moral dans tous les domaines : L’Église se préoccupe de voir sauvegardés les grands intérêts de la personne humaine ; sa liberté, sa dignité, son épanouissement ; elle s’oppose à tout ce qui peut les entraver.

La mise en œuvre d’un vaste programme d’une démocratie généralisée dans le sens chrétien du mot trouve son épanouissement dans la construction de l’Europe.

L’Europe ne devra pas rester une entreprise économique et technique ; il lui faut une âme, la conscience de ses affinités historiques et de ses responsabilités présentes et futures, une volonté politique au service d’un même idéal commun.

L’Europe ne se fera pas en un jour, ni sans heurts ; son édification suivra le cheminement des esprits ; rien de durable ne s’accomplit dans la facilité ; il ne s’agit pas de fusionner les Etats associés, de créer un super État ; nos États européens sont une réalité historique ; leur diversité est très heureuse et nous ne voulons ni les niveler, ni les égaliser ; la politique européenne, dans notre esprit, n’est absolument pas contradictoire avec l’idéal patriotique de chacun de nous.

Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur et qui réapprend, après de longs déchirements, la fraternité chrétienne.

Il meurt le 4 septembre 1963

Robert Schuman laisse aux Français l’image de la vraie grandeur ; celle de l’effacement de la personne jusqu’à la modestie, pour mieux servir une idée créatrice d’avenir ; sa politique fut comme sa vie, simple, inaltérable et obstinée ; elle a commencé à changer le monde ; elle demeure la seule idée neuve du siècle.

et agir

Réflexions et propositions pour l'avenir
- Déclarations
• ME-F
○ Yannick Hoppe
○ Le manifeste

• Solidarité et responsabilité, de J. Vignon
• Au delà de la crise, l'espérance, d'Andrea Riccardi
• L'Europe, une aventure spirituelle, de J. Delors

- Ouvrages
• Qu'avons-nous fait de l'Europe, de S. Maillard
• R. Schuman et l'Europe d'aujourd'hui
• Europe : Amour ou chambre à part, de S. Goulard
• Pour l'Europe de R. Schuman
• R. Schuman, le père de l'Europe de René Lejeune

- Rapports
• Vivre ensemble au XXI siècle, Conseil de l'Europe :
○ Résumé
○ Rapport
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