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POUR L'EUROPE
ROBERT SCHUMAN


Comment ne pas voir dans la déclaration faite par Robert Schuman le 9 mai 1950 un acte politique majeur qui a changé le cours de l’histoire ? Une de ces déclarations dont on ne saisit pas toujours la portée dans l’instant mais qui va entrainer le cours des choses vers une direction nouvelle ?

Robert Schuman n’avait pour qualités que son immense modestie, sa profonde spiritualité et son sens exceptionnel du service ; l’annonce qu’il présente le 9 mai 1950, en sa qualité de Ministre français des Affaires Etrangères, doit beaucoup à Jean Monnet, le premier Commissaire au Plan Français ; celui-ci soumet à Robert Schuman son idée de mettre en commun les productions de charbon et d’acier ; plutôt que de se disputer sur les quotas de production, plutôt que de soupçonner le voisin d’Outre Rhin aux villes dévastées, de vouloir se réarmer, l’idée révolutionnaire de mettre en commun les capacités productives des énergies indispensables à la reconstruction d’une Europe harassée est assurément la bonne.

Le 9 mai 1950, les journalistes sont convoqués pour 18 H mais ils ne savent pas pourquoi ; bien peu sont là et la presse audiovisuelle est à peu près absente.

Dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay, au Ministère des Affaires Etrangères à Paris, devant la cheminée surmontée d’une horloge de belle facture dont la photographie fera le tour du monde, la voix fluette du Ministre souhaite donner une déclaration liminaire pour bien mettre en évidence l’importance du moment.

« Messieurs, il n’est plus question de vaines paroles, mais d’un acte, d’un acte hardi, d’un acte constructif ; la France a agi et les conséquences de son action peuvent être immenses ; nous espérons qu’elles le seront ».

Bien sûr, à cette époque, c’est encore de la paix ou du retour à la guerre qu’il s’agit ; cinq ans, jour pour jour après la fin des combats en Europe, les Européens sont à la tâche, rationnés encore pour certains, punis et surveillés toujours pour d’autres , saignés et ruinés pour beaucoup, choqués pour tous ; encore une fois, il faut reconstruire, encore une fois retrouver une vie normale au milieu des siens, du mons ceux qui ont survécu.

Il faut se remettre au travail, sur les champs de bataille qui ont grondé du bruit du canon jusqu’au dernier jour, dans les camps où rodait la mort, issue finale d’une idéologie raciste, perverse et contraire à tout principe, dans les maquis d’où montait la révolte, dans les villes affamées et les campagnes isolées ; nul n’avait été épargné par cette nouvelle guerre civile européenne ; comment la surmonter ?

Après ce qu’elles ont fait et ce qu’elles ont subi, les nations européennes sont exsangues et seuls les subsides de l’Amérique les empêchent de sombrer ; tendre la main à l’ennemi pour se redresser ensemble est plus qu’un pari risqué, c’est un défi ; c’est la France qui prend l’initiative ; c’est elle qui se penche vers une Allemagne à genoux pour la ramener dans le concert européen et vers les démocraties civilisées de l’Occident.

Mesure-t-on ce que cela pouvait alors représenter ? Plus que de la charité, dont il est rarement question dans les relations internationales, c’est une très haute conception de l’intérêt des peuples qui prévaut ainsi, là où quelques mois auparavant les pires violences avaient triomphé de toute raison.

Personne ne pouvait anticiper, sauf peut-être les auteurs du plan, que la démarche d’intégration pas à pas ne pourrait pas s’arrêter ; nul n’avait vraiment accordé d’importance à l’objectif final annoncé qui est bien celui d’une Europe politique, une fédération européenne ; et à la novation que constitue le principe de supranationalité introduit par la présence d’une Haute Autorité.

La méthode communautaire repose sur des transferts de souveraineté vers des institutions supranationales, bénéficiant d’une certaine autonomie vis-à-vis des Etats membres et une Assemblée parlementaire, seule institution transnationale dorénavant élue au suffrage universel direct, ainsi que sur la supériorité du droit européen vis-à-vis des droits nationaux, primauté garantie par une Cour de Justice ; il s’agit bien d’une véritable révolution.

Mais les citoyens y adhèrent parce que la vision et la hauteur de vues du propos les impressionnent et correspondent à leurs souhaits profonds ; imaginer alors le développement de l’Europe communautaire par la paix et la prospérité relevait du rêve ; ce fut un projet réussi.

L’Union Européenne est devenue une réalité tangible, une réalisation unique dans l’histoire de l’humanité parce qu’elle vise à unir librement et pacifiquement de vrais états souverains.

Les écrits de R. Schuman dévoilent une pensée profonde et une vision très claire de l’avenir du continent.

Robert Schuman : « J’ai réuni dans les pages qui suivent les idées qui ont guidé l’action menée durant ma vie politique en faveur de l’Europe unie ; loin de tout esprit polémique, loin des alas du moment, je ne voudrais apporter que le témoignage de mon inébranlable conviction.

À une époque pendant laquelle, en l’espace d’une seule génération, des heurts d’une violence et d’une étendue sans précédent se sont produits entre les homes et au cours de laquelle la menace de nouveaux conflits continue à peser sur l’humanité entière comme une fatalité, en même temps que les moyens de destruction nouvellement inventés confèrent aux tueries futures le caractère non plus d’une épreuve de forces rivales mais celui d’un suicide généralisé, nous avons senti que nous étions à la croisée des chemins ; une option était à prendre, une option qui pouvait être déterminante dans le sens du meilleur ou du pire.

Le 9 mai 1950, le gouvernement français, dans sa déclaration solennelle, a choisi l’Europe ; l’Europe sauvée de l’hitlérisme par l’indomptable énergie de Winston Churchill, du communisme par la clairvoyante initiative de G. Marshall, délivrée de ses luttes fratricides et stériles et qui s’engageait résolument dans la voie communautaire, gage de prospérité, de sécurité et de paix.

Les dures leçons de l’histoire ont appris à l’homme de la frontière que je suis, à se méfier des improvisations hâtives, des projets trop ambitieux mais elles m’ont appris également que lorsqu’un jugement objectif mûrement réfléchi, basé sur la réalité des faits et de l’intérêt supérieur des hommes, nous conduit à des initiatives nouvelles, voire révolutionnaires, il importe, même si elles heurtent les coutumes établies, les antagonismes séculaires et les routines anciennes, de nous tenir fermement et de persévérer.

L’Europe ne se fera pas en un jour ni sans heurts ; rien de durable ne s’accomplit dans la facilité ; pourtant déjà elle est en marche ; au-delà des institutions et répondant à une aspiration profonde des peuples, l’idée européenne, l’esprit de solidarité communautaire ont pris racine.

Cette idée EUROPE révèlera à tous les bases communes de notre civilisation et créera peu à, peu un lien semblable à celui dont naguère se sont forgées les patries ; elle sera la force contre laquelle se briseront tous les obstacles ».

LE MORCELLEMENT DE L’EUROPE EST DEVENU UN ABSURDE ANACHRONISME

Les frontières politiques sont nées d’une évolution historique et ethnique, d’un long effort d’unification nationale ; on ne saurait songer à les dépasser ; mais elles devront être de moins en moins une barrière dans l’échange des idées, des personnes et des biens ; le sentiment de la solidarité des nations l’emportera sur les nationalismes désormais dépassés ; sur les soubassements anciens il faut édifier un étage nouveau ; la supranationalité reposera sur des assises nationales ; il n’y ara aucun reniement d’un passé glorieux ; mais un épanouissement nouveau des énergies nationales, par leur mise en commun au service de la communauté supranationale.

Un tel idéal est bien français, il est conforme au génie d'un peuple qui a toujours tendu vers l’universalisme à travers ses particularités prodigieusement diverses :

Il ne s’agit pas de fusionner les États, de créer un super état ; nos États européens sont une réalité historique ; il serait psychologiquement impossible de les faire disparaitre ; leur diversité est même très heureuse et nous ne voulons ni les niveler ni les égaliser.

Mais il faut une union, une cohésion, une coordination ; au point de vue politique, l’entente durable, organique instituée entre les différents pays doit permettre de pacifier cette Europe divisée, ; il n’y a rien de tel que la coopération et la prospérité que nous espérons atteindre pour établir l’entente entre les pays voisins.

Cette Europe n’est dirigée contre personne, elle n’a aucun dessein d’agression, aucun caractère égoïste ou impérialiste ; elle reste accessible à qui voudra y adhérer ; elle a comme raison d’être la solidarité et la coopération internationales, une organisation rationnelle du monde dont elle dvra constituer une partie essentielle.

Il s’agit donc d’une entreprise de paix ; nous ne pouvons valablement réfuter le nationalisme d’autrui en lui opposant notre propre nationalisme ; il faut que chacun soit pénétré de cette conviction que nous avons besoin les uns des autres ; nos moyens propres ne sont plus à l’échelle de nos besoins ; l’isolement est devenu non seulement une cause de faiblesse mais une cause de déchéance.

La France en 1789 se faisait l’annonciatrice d’un régime nouveau de liberté , d’affranchissement individuel et politique ; ses soldats étaient les diffuseurs d’une liberté conquérante qui ouvrait une étape décisive à l’épanouissement de la personne humaine.

En 1950, la France s’est présentée une fois encore, en apôtre d’un idéal nouveau, révolutionnaire dans sa conception et dans sa portée, mais pacifique dans son exécution.

La politique européenne, dans notre esprit, n’est absolument pas contradictoire avec l’idéal patriotique de chacun de nous ; il y a des milliers d’années, les premières communautés humaines se sont formées au-delà de la famille et en se basant sur elle, dans des tribus primitives ; plus tard sont venues s’ajouter les communes ; personne ne songerait à accuser cette évolution d’avoir contrarié le rôle de la famille ; il en est de même pour toute organisation supranationale qui dépasse la nation, non pour la diminuer, mais pour lui conférer un champ d’action plus large et plus élevé.

Après deux guerres mondiales, nous avons fini par reconnaitre que la meilleure garantie pour la nation ne réside plus dans un splendide isolement, ni dans sa propre force mais dans la solidarité des nations qui sont guidées par un même esprit et qui acceptent des tâches communes dans u intérêt commun.

Ce n’est plus chez Maurice Barrès ou Déroulède que nous cherchons nos inspirations politiques ; le national s’épanouit dans le supranational ; la politique européenne a pour objet de fournir aux peuples libres de l’Europe une structure organique susceptible de mettre un terme à l’anarchie dans laquelle ils se débattent impuissants parce que incapables de maitriser per leurs propres moyens les énormes problèmes qui s’imposent à eux.

On peut affirmer que tous les grands problèmes qui étreignent les pays sortis de la guerre ont revêtu un caractère international et échappant à l’autonomie politique et économique des pays, même mes plus puissants.

Il est de l’intérêt de l’Europe d’être maitresse de sa destine ; le morcellement de l’Europe est devenu un absurde anachronisme.

Bien sur, il ne s’agit pas d’effacer les frontières politiques, elles sont une donnée de l’histoire : nous n’avons pas la prétention de corriger l’histoire, ni d’inventer une géographie rationalisée et dirigée.

Les frontières ne peuvent plus garantir notre sécurité et notre indépendance ; il n’y a plus de ligne Maginot, cette merveilleuse illusion derrière laquelle nous nous abritons imprudemment.

L’EUROPE AVANT D’ÊTRE UNE ALLIANCE MILITAIRE OU UNE ENTITÉ ÉCONOMIQUE, DOIT ÊTRE UNE COMMUNAUTÉ CULTURELLE

Nous ne serons jamais des négateurs de la patrie ; mais au dessus de chaque patrie, nous reconnaissons de plus en plus distinctement l’existence d’un bien commun dans lequel se fondent et se confondent les intérêts individuels de nos pays.

La loi de la solidarité des peuples s’impose à la conscience contemporaine : nous nous sentons solidaires les uns des autres dans la préservation de la paix, dans la défense contre l’agression, dans la lutte contre la misère, dans la sauvegarde de la justice et de la dignité humaine.

Nous avons acquis la conviction, pa la démonstration des faits, que les nations, loin de se suffire à elles mêmes, sont solidaires les unes des autres ; les continents et les peuples dépendent plus que jamais les uns des autres ; l’économie devient inévitablement une économie mondiale.

La paix, si nous voulons qu’elle devienne une victoire durable sur la guerre devra s’édifier en commun, par tous les peuples, y compris ceux qui se sont combattus hier et qui risquent de s’affronter à nouveau dans des rivalités sanglantes.

Nous voilà donc, sous la contrainte de l’expérience, après tant d’échecs, ramenés à la loi chrétienne d’une noble mais humble fraternité ; et par un paradoxe qui nous surprendrait si nous n’étions pas chrétiens, nous tendons la main à nos ennemis d’hier non simplement pour pardonner mais pour construire ensemble l’Europe de demain.

Cette politique n’est pas inspirée par un vague pacifisme sentimental ; elle n’est pas faite non plus de simples traités ou de pactes qui se bornent à déclarer la guerre hors la loi ; oui, il nous faut autre chose que des textes et des paroles, autre chose que la flétrissure du crime qu’est la guerre, autre chose que le rappel de ses horreurs et de ses misères.

Il faut enlever à la guerre sa raison d’être et supprimer jusqu’à la tentation de l’entreprendre ; il faut que personne, même le gouvernement le moins scrupuleux n’ait intérêt à la faire ; je vais plus loin : nous voulons lui enlever le moyen de préparer une guerre, de la risquer pour son compte.

Cette politique nouvelle est à la base de solidarité et de confiance progressive ; elle constitue un acte de foi, non pas comme celui de J. J Rousseau, dans la bonté humaine si cruellement démentie depuis deux siècles, mais un acte de foi dans le bon sens de peuples enfin persuadés que leur salut réside dans une entente et dans une coopération si solidement organisées entre eux qu’aucun gouvernement ainsi associé ne pourra s’y soustraire.

Que cette idée d’une Europe réconciliée et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations désireuses de servir une humanité enfin affranchie e la haine et de la peur et qui réapprend après de longs déchirements, la fraternité chrétienne.

Bien entendu, il y a lieu de procéder par étapes ; il faut préparer les esprits à accepter les solutions européennes ; à toutes les tendances léguée par le passé, il faudra substituer la notion de solidarité, c'est-à-dire la conviction que le véritable intérêt de chacun consiste à reconnaître et à accepter dans la pratique l’interdépendance de tous ; l’égoïsme ne paye plus.

La Communauté européenne ne sera pas à l’image d’un Empire ni d’une Sainte Alliance : elle reposera sur l’égalité démocratique transposée dans le domaine des relations entre nations.

Ces idées devront être popularisées par l’école et par la presse : on ne saurait trop le répéter : l’unité de l’Europe ne se fera ni uniquement, ni principalement par des institutions européennes : leur création suivra le cheminement des esprits : d’où l’importance d’une libre circulation des idées et des hommes entre les pays européens.

Supprimer les barrières n’est pas tout ; il faut organiser la coopération ; celle-ci suppose avant tout la multiplicité des contacts personnels.

La désintoxication des manuels d’histoire est une des premières nécessités ; sous prétexte de servir le sentiment national et le culte d’un passé glorieux, on méconnait souvent le devoir d’impartialité et de vérité ; on impute trop souvent les torts à la nation rivale ; on devrait au contraire enseigner les causes profondes des antagonismes qui ont déchiré l’humanité ; d‘autre part, il y a lieu de faire espoir, de mettre en valeur la réelle communauté d’idées et d’aspirations qui a toujours existé entre les nations.

L’EUROPE, C’EST LA MISE EN ŒUVRE D’UNE DÉMOCRATIE GÉNÉRALISÉE DANS LE SENS CHRÉTIEN DU MOT

Ce qui caractérise l’état démocratique ce sont les objectifs qu’il se propose et les moyens par lesquels il cherche à les atteindre ; il est au service du peuple et il agit en accord avec lui ; la démocratie doit son existence au christianisme ; elle est née le jour où l’homme a été appelé à réaliser dans sa vie temporelle la dignité de la personne humaine, dans la liberté individuelle, dans le respect des droits de chacun et par la pratique d l’amour fraternel à l’égard de tous ; jamais avant le Christ pareilles idées n’avaient été formulées.

Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, enfants d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe et de profession ; la loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain et sur elle repose nt depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien.

Les rationalistes du 18ème siècle ont proclamé et popularisé les droits de l’homme et du citoyen qui sont d’essence chrétienne.

Mais il faut distinguer le domaine de César et celui de Dieu ; ces deux pouvoirs ont chacun des responsabilités propres ; la tâche de l’homme politique responsable consiste à concilier, dans une synthèse parfois délicate mais nécessaire, ces deux ordres de considération, le spirituel et le profane ; mais il n’y a aucun conflit insoluble entre les deux impératifs.

Le Royaume du Christ n’est pas de ce monde ; cela signifie que la civilisation chrétienne ne devait pas être le produit d’une révolution violente et immédiate mais d’une transformation progressive, d’une éducation patiente sous l’action des grands principes de charité, de sacrifice et d’humilité.

Je conclus avec Bergson que « la démocratie est d’essence évangélique parce qu’elle a pour moteur l’amour » ; la démocratie sera chrétienne ou elle ne sera pas ; la position du démocrate peut être définie ainsi : il lui est impossible d’accepter que l’Etat ignore systématiquement le fait religieux, qu'il lui oppose un parti pris qui frise l’hostilité ou le mépris ; l’Etat ne saurait méconnaitre l’extraordinaire efficacité de l’inspiration religieuse dans la pratique des vertus civiques, dans la si nécessaire sauvegarde contre les forces de désagrégation sociale qui sont partout à l’œuvre.

C’est étrangement méconnaitre et restreindre la mission du christianisme que lui réserver uniquement la pratique du culte et des bonnes œuvres ; le christianisme au contraire est une doctrine qui entend définir le devoir moral dans tous les domaines ; l’Église se préoccupe de voir sauvegarder les grands intérets de la personne humaine : sa liberté, sa dignité, son épanouissement ; elle s’oppose à tout ce qui peut les entraver.

La démocratie est une création continue ; elle sait qu’elle est toujours perfectible ; la mise en œuvre de ce vaste programme d’une démocratie généralisée dans le sens chrétien du mot trouve son épanouissement dans la construction de l’Europe ; cet ensemble européen ne pourra et ne devra pas rester une entreprise économique et technique ; il lui faut une âme, la conscience de ses affinités historiques et de ses responsabilités présentes et futurs, une volonté politique au service d’un même idéal commun.

SANS L’ALLEMAGNE, TOUT COMME SANS LA FRANCE, IL SERAIT IMPOSSIBLE D’ÉDIFIER L’EUROPE

Depuis que la Germanie a fait son entrée dans l’histoire, il y a une question allemande ; il faut bien le reconnaitre, l’histoire l’a prouvé, l’Allemagne sera éternellement insatisfaite ; au XIXème siècle s’est dégagée la doctrine de la supériorité germanique, appelée à la direction d’autres peuples ; le véritable problème est là : l’Allemagne acceptera-t-elle d’être un partenaire pacifique ou continuera-t-elle à être une menace plus ou moins latente ?

Le fait allemand, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, a été pour tout français responsable de l’avenir de son pays, le problème le plus angoissant, parce qu’il a engagé non seulement la sécurité de la France mais la paix du monde.

Nous ne pouvons pas nous dissimuler que l’intégration de l’Europe est une œuvre immense et ardue et que jamais encore on l’a tentée ; elle requiert un changement diamétral des relations entre Etats européens en particulier entre la France et l’Allemagne : et cette œuvre, nous l’entreprenons en commun, sur une base absolument paritaire, dans l’estime et la confiance réciproques, après que notre génération a connu au plus haut point la souffrance et la haine.

Cette orientation nouvelle était à la bas de la déclaration du 9 mai 1950 ; la France, car il s’agissait avant tout d’elle, devait surmonter ses souvenirs douloureux ; c’est à elle qu’il appartenait de prendre l’initiative de manifester à l’égard de sa voisine la volonté de lui faire confiance, non par une déclaration platonique ou conditionnelle, mais par une offre concrète de coopération permanente et cela dans un domaine d’importance vitale ; la France se proposait de traiter avec l’Allemagne sur un pied d’égalité ; elle chercherait dans les liens d’une communauté multilatérale les garanties durables qu’elle n’avait jamais pu trouver dans les solutions de contrainte et de subordination : à la traditionnelle rivalité et à la méfiance se substituerait ainsi une solidarité d’intérêts qui ferait disparaitre les causes d’un antagonisme qui paraissait irrémédiable.

En 1945, on pouvait être tenté de se confiner dans la voie de la contrainte : l’Allemagne était sans gouvernement, prostrée dans l’effondrement total de ses cadres et de ses institutions ; ne pouvait-on pas, ne devait-on pas, dans de telles conditions, saisir l’occasion de façonner une Allemagne nouvelle, lui donnant une structure qui nous eût prémunis contre le rétablissement d’une puissance excessive et menaçante ?

Main n’oublions pas que les constitutions octroyées et les institutions amenées dans les fourgons ennemis, n’ont jamais nulle part quelque chance de durer ; la politique de contrainte appliquée par les vainqueurs n’apporte que des solutions fragiles et trompeuses : elle est génératrice de conflits nouveaux.

Dans le passé, on a tenté parfois, moyennant des traités multilatéraux de stabiliser des situations politiques en certaines régions d’Europe ; on est allé de déboire en déboire parce qu’on a omis de donner à ces pseudo-ententes, outre un statut juridique plus ou moins artificiel, une tâche commune et une espérance nouvelle, capable de faire oublier les querelles passées ; cette constatation nous a conduit cette fois ci, à rechercher d’un commun accord, une paix qui ne soit pas seulement une liquidation de la guerre, mais une construction de l’avenir.

Quand après la guerre, nous avons posé les premiers jalons de la politique européenne, tous ceux qui y participaient étaient convaincus que l’entente, la coopération entre l’Allemagne et la France était pour l’Europe le problème capital, que sans l’Allemagne, tout comme sans la France, il serait impossible d’édifier l’Europe.

L’Allemagne n’a jamais été plus dangereuse que lorsqu’elle s’isolait, se fiant à ses propres forces et à ses qualités qui sont grandes, se grisant en quelque sorte de sa supériorité, surtout en face des défaillances des autres ; d’autre part, l’Allemagne a le sens de la communauté plus que quiconque ; au sein de l’Europe unie, elle pourra pleinement jouer son rôle.

L’INTÉGRATION ÉCONOMIQUE NE SE CONCOIT PAS À LA LONGUE, SANS INTÉGRATION POLITIQUE

Si nous avons donné la préférence au système du Marché Commun, c’est que nous y trouvons un ensemble de garanties et de normes régulatrices qui préviennent les déboires d’une liberté sans frein ; la route vers l’Europe nous a menés en 1950 à une bifurcation où il a fallu faire un choix ; jusqu’en 1950, il n’y avait pas eu d’exemple d’une institution se plaçant au-delà et au dessus de la souveraineté nationale ; celle-ci continuait à être considérée comme inviolable.

Le difficile était de réussir à le faire en temps de paix : la France l’a tenté en 1950 ; elle a su l’emporter malgré les hésitations et les objections que suscitaient la routine et la méfiance ; elle l’a fait à propos de deux industries clés : le charbon et l’acier ; c’était une tentative limitée à deux productions, mais productions essentielles pour tout l’économie, également importantes pour les œuvres de paix et pour l’armement ; ces productions avaient durant des années donné lieu à des discussions de plus en plus âpres avec l’Allemagne ; on avait envisagé d’imposer des restrictions à sa capacité de production ; l’autorité internationale de la Rhure devait y veiller ; nous allions ainsi au devant d’inextricables complications, d’incessants conflits.

Notre politique, le 9 mai 1950, allait être renversée de fons en comble : nous offrîmes à l’Allemagne et aux autres pays participants une association pour 50 ans, sans discrimination ni restriction.

L’idée de base, qui prenait ainsi corps pour la première fois, et cela sur le plan international, était celle de la communauté, communauté non résiliable, à durée pratiquement illimitée, régie par un statut dont l’observation est sanctionnée par une cour de justice, impartiale et indépendante.

La gestion de la communauté est confiée à une Haute Autorité qui dispose, dans le cadre du statut , d’un pouvoir de décision soustrait à toute autorité nationale, gouvernementale ou législative ; du moment qu’elle existe, la Communauté vit sa vie propre et est désormais soustraite aux aléas et aux fantaisies de la politique nationale.

Depuis le 10 août 1952, la CECA est une réalité qui fonctionne, qui se défend, qui fraie sa route ; Il n’est donc pas étonnant qu’après cette réussite de l’expérience, on ait voulu l’étendre à un domaine plus large : CED, Marché Commun, Euratom.

L’Europe contemporaine et chacun des pays européens, doit avoir l’instinct de cette interdépendance, vivre et travailler dans ce climat nouveau de confiance et de volonté, où chacun apporte à la communauté le maximum de ce qui est valable, conforme à son génie propre.

Mais comment poursuivre, comment concevoir le développement de la politique européenne ?

Il faut avant tout appliquer les traités de Rome, dans leur lettre et dans leur esprit, avec toute la souplesse requise ; nous ne sommes pas pour autant dispensés de voir au-delà de ce qui est acquis ou en route ; il faut préparer les étapes ultérieures.

L’intégration économique que nous sommes en train de réaliser ne se conçoit pas à la longue sans un minimum d’intégration politique ; il faut que l’Europe nouvelle ait un soubassement démocratique ; il faut que les conseils, les comités et autres organes soient placés sous le contrôle de l’opinion publique ; l’intégration européenne doit éviter les erreurs de nos démocraties nationales, surtout les excès de la bureaucratie et de la technocratie ; l’ankylose administrative est le premier danger qui menace les services transnationaux.

Il faudra dans un avenir pas trop éloigné, prévoir l’élection au suffrage universel direct des membres de l’assemblée qui exerce le pouvoir de délibération et de contrôle.

Une autre étape, qui n’est pas prévue par les traités actuels, serait plus importante et plus difficile : il s’agit d’intégrer les politiques ; on pourrait organiser une action diplomatique collective qui précéderait toute action individuelle ; ce serait déjà un progrès immense ; mais je ne crois pas que nous soyons mûrs pour u n tel transfert de responsabilités où une majorité de volontés internationales puisse s’imposer à la volonté nationale dans un domaine où l’existence même d’un pays peut être en cause ; or, l’idée même d’un gouvernement fédéral et celle d’un parlement fédéral impliquerait, me semble-t-il, un tel pouvoir de décision majoritaire, liant les États membres.

J’estime que ce serait brûler les étapes, s’engager prématurément et imprudemment dans la vois d’un dessaisissement de la souveraineté nationale sur des points d’importance essentielle ; nous risquerions de réitérer l’expérience de la CED avec ses déboires et ses chocs en retour.

Le plus sur moyen de nous prémunir contre les risques de guerre et de servitude, ce sera notre cohésion collective en toutes choses ; la coopération étroite qui s’instaurera au sein des communautés européennes nous amènera à tout considérer sous l’angle de l’intérêt et de la responsabilité partagés ; nous nous habituerons à tout examiner non plus seulement du point de vue strictement national.

Nous aurons à apprendre et à comprendre le pont de vue particulier de notre associé, comme celui-ci fera le même effort à notre égard ; ainsi la politique étrangère ne sera plus la juxtaposition d’antagonismes qui s’affrontent mais la conciliation aimable et préventive des divergences qui existent, s’avouent et se discutent sans s’exacerber.

ORIGINE, OBJECTIFS ET ÉLABORATION DE LA CECA

En ce début de l’année 1950, nous avions le sentiment que nous allions au devant d’une double crise : politique et économique.

Crise politique, d’abord en ce qui concerne nos rapports avec l’URSS. Aucun accord n’était possible pour aboutir à un règlement des problèmes en cours ; en ce qui concerne l’Allemagne plus particulièrement, la nouvelle politique laissait subsister un malaise croissant ; on appliquait cette nouvelle politique avec des méthodes anciennes : concessions aprement marchandées, arrachées à des vainqueurs réticents et méfiants par des vaincus humiliés, de plus en plus conscients de leur force ; renaissante ; n’allait pas de pair avec la restitution progressiste des libertés publiques.

Le statut de la Sarre et celui de la Rhur  unilatéralement fixés sans le concours de l’Allemagne, constituaient par ailleurs des sources particulières de mésentente.

Crise économique : la pénurie de charbon rendait nécessaire une répartition du charbon produit en Allemagne entre tous les pays importateurs, répartition imposée par des organismes interalliés : l’autorité internationale de la Rhur, organisme basé sur le régime d’occupation prenait ses décisions, notamment en matière de répartition du charbon selon le point de vue et les intérêts du vainqueur ; tout en reconnaissant la nécessité de restaurer l’économie allemande et de lui restaurer progressivement son indépendance, on se préoccupait en même le temps de lui imposer des restrictions durables : limitation du potentiel de production, surtout en acier, en bateaux, interdiction de fabrication d’intérêt militaire.

Pour faire face à cette situation, il fallait changer l’esprit, l’orientation de notre politique et substituer aux antagonismes anciens une coopération loyale à égalité de droits et d’obligations.

et agir

Réflexions et propositions pour l'avenir
- Déclarations
• ME-F
○ Yannick Hoppe
○ Le manifeste

• Solidarité et responsabilité, de J. Vignon
• Au delà de la crise, l'espérance, d'Andrea Riccardi
• L'Europe, une aventure spirituelle, de J. Delors

- Ouvrages
• Qu'avons-nous fait de l'Europe, de S. Maillard
• R. Schuman et l'Europe d'aujourd'hui
• Europe : Amour ou chambre à part, de S. Goulard
• Pour l'Europe de R. Schuman
• R. Schuman, le père de l'Europe de René Lejeune

- Rapports
• Vivre ensemble au XXI siècle, Conseil de l'Europe :
○ Résumé
○ Rapport
• Europe et migrations


- Propositions
• Fondation Robert Schuman :
○ Réforme de l'Union
○ L'Europe dans la mondialisation
○ L'Europe sociale

○ L'Union politique
○ Coûts salariaux

Les initiatives et évènements
- Apprendre à vivre ensemble en Europe

- Spectacle
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Perspectives après les élections européennes
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○ Réforme

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○ Que changer ?







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